01
Août
2017

Chi Sao lâcher le contrôle pour gagner en maîtrise

On dit souvent que savoir contrôler et/ou orienter les gestes de son adversaire est un gage de supériorité dans le combat et encore plus dans le Chi Sao, mais cette idée se retourne souvent contre celui qui la met en œuvre, car toute manipulation est dangereuse, si elle s’oriente vers un seul et unique but, celui de vaincre.

Le Chi Sao est un jeu, et l’une des règles de ce jeu est de pouvoir contrôler l’adversaire, lui imposer des réponses spontanées non voulues qui vont permettre d’orienter le combat en notre faveur.

Contrôler les déplacements dans l’échange va couper des possibilités de retraite, contrôler les mains va éliminer des attaques fortes et rapides, contrôler la masse corporelle va permettre de déséquilibrer. En un mot, ce jeu de contrôle va permettre d’affaiblir la structure et les potentiels de l’adversaire.

Pour faire ce jeu de contrôle, on utilise des pressions sur les bras de l’adversaire afin de lui donner des informations qu’il va interpréter et ensuite il va déclencher des mouvements réflexes adaptés à cette pression. Bien évidement étant à l’origine de l’information, cela revient à avoir prémédité la réaction de l’adversaire et l’exploiter à ses dépens.

Mais force est de constater que bien souvent au départ de la mise en pratique de cette règle du jeu, on remarque que plus on influence dans un sens, plus la réponse opposée à celle que l’on prévoyait à de grandes chances d’être appliquée par l’adversaire.

Ce  qu’il faut comprendre, c’est que pour contrôler l’autre, nous mettons physiologiquement en route une série de mécanismes qui vont œuvrer afin de transmettre les informations de commande qui permettront d’influencer l’adversaire, mais comme tout commence par soi ces mécanismes vont aussi dans un premier temps fermer ou réduire le champ des possibilités et son adaptabilité dans l’échange.

Si l’esprit est occupé par le fait de réussir à influencer l’adversaire d’une certaine manière, il consacre ses ressources pour cette question et est moins à même de traiter correctement toutes les autres informations (opportunités, dangers) qui arrivent dans l’intervalle.

Cela va se traduire par des ralentissements dans les mouvements, des informations mal distribuées ou mal dosées et des pertes de synchronisme dans l’instant T qui pourront être exploités par l’adversaire.

Il faut alors apprendre à lâcher prise sur l’objectif  de contrôle et apprendre à écouter en profondeur les mécanismes de transmission d’information en vous afin que votre corps continue à distribuer de l’information avec une bande passante descendante et montante équivalente à tout moment.

Comment faire :

Il faut laisser tomber « le vouloir vaincre », et concentrer ses efforts dans l’écoute de ses sensations, savoir reconnaître ce qu’est pour soi une poussée franche, moyenne ou légère. N’avez-vous jamais pratiqué avec un partenaire qui vous fait la remarque que vous y allez un peu fort alors que vous aviez l’impression d’être en mode relax. Je vous entends d’ici, bien sûr l’adversaire peut être un peu soupe au lait, mais imaginez si vous aviez été capable de baissez votre potentiomètre et de lui donner la sensation que votre pratique est légère et souple, ne serait ce pas un plus dans votre maitrise de contrôle. Car votre adversaire au vu de son ressenti va être moins crispé, moins tendu et vous allez être plus à même de le surprendre.

Il est aussi bon de faire durer les échanges, ne pas finir au plus vite avec une technique dévastatrice mais au contraire faire durer afin que le Chi Sao devienne le terrain d’essai de chaque idée, chaque technique et chaque contrôle que vous voulez mettre en action.

Devenir meilleur vient aussi de périodes ou l’on accepte d’être moins fort, mais cela ne veut pas pour autant dire que l’on sort perdant, car prendre ce temps où la victoire n’est pas ce que l’on recherche est aussi le temps ou l’on prend le temps de s’analyser, de modifier sa pratique en améliorant les dosages subtils des pressions et techniques et ainsi devenir maitre de ce que l’on fait.

Commentaires
8
Charly

Très très intéressant. Merci Lionel !
À garder à l’esprit voire à imprimer sur un mur chez moi !

Lionel Roulier

Salut Charly,
Merci de ce commentaire 😉
a bientôt

Raphaël Ollé Cervera

Excellente analyse, Lionel ! Force est de constater que toi-même en tant que Sifu, tu gagnes également en aisance dans ta façon de retranscrire et d’exprimer les idées et les constats qui émergent derrière les concepts, à force d’expérience…
Ce que tu viens de souligner et de mettre en avant dans cet article est effectivement l’une des choses les plus difficiles à accepter : ne pas vouloir tout contrôler et « apprendre à perdre » pour acquérir de nouvelles sensations et se mettre dans d’autres types de situations que celles où l’on se sent généralement à l’aise.
Afin d’expérimenter de nouvelles façons de faire, et s’enrichir de celles-ci. Alors que le tort serait de ne jamais s’aventurer vers elles et au final risquer, le jour où l’on s’y retrouve contraint ou involontairement, ne pas du tout savoir comment faire pour s’en sortir faute de les avoir pratiquées.
C’est un principe aussi intéressant qu’important, lorsque l’on veut progresser en Chi-Sao, et qui pour être maîtrisé demande énormément de travail sur soi-même et d’entraînement avec des personnes pratiquant de façons différentes.
Et comme d’habitude lorsque l’on s’engage dans la pratique d’un art martial tel que le Wing Chun, cela est toujours plus simple à dire qu’à faire…
Au travail, donc !

Lionel Roulier

Merci Raph pour ce commentaire 😉
a bientôt

NGUYEN Christophe

Super article ! On s’y retrouve complètement. Il est vrai qu’en se concentrant sur cet exercice de contrôle et d’influence, on en oublie le reste, en ayant l’impression de régresser en débutant en chi sao. C’est comme si, en gravissant la montagne, on avait trébuché pour repartir d’un niveau inférieur. Tout le travail consiste à apprendre, se relever et repartir du bon pied. Y a plus qu’à…

Lionel Roulier

merci christophe pour ce commentaire, j’aime cette image de montagne, par contre je ne dirais pas trébucher pour repartir d’un niveau inférieur, je dirais plus tôt que tu prend la descision de redescendre de toi même car tu es monté par le petit chemin facile et en fait tu veux tenter l’experience par l’autre chemin : le col à escalader qui est plus difficile 😉

Brice

Accepter de ‘perdre’ une partie pour progresser. Facile à dire, parfois difficile à faire accepter à l’ego ! Et c’est encore mieux quand les deux partenaires sont dans la même optique.

Lionel Roulier

Oui c’est vrai mais pour essayer de motiver à faire ce lacher prise (Wu Wei), je dirais que le monde qui s’ouvre à toi lorsque l’égo est tombé est vraiment formidable et offre d’énorme bénéfice.

Merci pour ton commentaire Brice

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