06
Nov
2018

Wing Chun et loi de la compétitivité !!

Je réfléchissais au thème que je pourrais écrire comme prochain article et une demande est venue titiller mon esprit.

C’est une demande qui m’a été transmise par un de mes élèves, car il a rencontré un pratiquant de Wing Chun d’une autre école et ce pratiquant souhaite organiser un inter-club. Et donc la demande est suis-je intéressé de participer à cet inter-club.

Je lui ai dit que non !

Alors je vous entends d’ici, comment mais du partage et de la convivialité, comment ça tu ne veux pas ?

Ok ! Oui, le partage, la convivialité et les rencontres forment la jeunesse, mais je dois avouer que force est de constater qu’il y a des raisons qui allument un tas de voyants d’alarmes en moi.

Je profite de cet article pour vous faire part de ces raisons.

La  première raison est assez personnelle,c’est qu’à chaque fois dans ce genre de rencontre j’ai cette impressionque je suisdans la position de celui qui donne des infos, des conseils et autres,en gros je fais un cours et cela, je veux le réserver à mes élèves.

La deuxième est plus liée à l’expérience, car depuis que j’ai débuté le Wing Chun j’en ai vu passer des inter-clubs, échanges et autres rencontres plus ou moins officielles et cela n’a pour moi jamais apporté une vrai plus value.

Pourquoi ?

Car à chaque fois lors de ces rencontres, il va y avoir ce fameux test du Chi Sao.

Aujourd’hui, on veut se tester, se comparer et voir ce que l’on vaut en permanence. Alors on va mettre en place en Wing Chun le seul outil à notre disposition qui est le Chi Sao.

Donc le jeu va se transformer en test !

Dans l’école, comme la confrontation est moins présente ou on peut la doser, car on est là pour progresser, essayer, se développer, on est à la fois observateur et acteur,  il y a  un échange avec soi et avec le partenaire.

Hors de l’école, avec des inconnus, on ne peut pas raisonnablement dire que c’est un test car il y a un adversaire et non un partenaire, qui lui aussi veut se tester.

On rentre donc dans un challenge, une mini compétition, le rôle d’observateur est réduit à peau de chagrin.

Les objectifs sont totalement différents ici, car pour valider le test, la seule option est d’être celui qui gagne le challenge.

A partir de ce moment va intervenir une donnée émotionnelle, le plus compétiteur des deux ou celui qui veut le plus gagner va avoir un avantage, je ne parle même pas de la donnée physique, qui fait que si t’es plus lourd, plus puissant, le plus plus, etc, là aussi y’a avantages.

Dans mes cours j’insiste bien sur la notion de jeu et de recherche dans le Chi Sao et je ne fais jamais de Chi Sao en mode Test, je n’encourage pas l’esprit de compétition mais l’esprit d’échange, de partage et de développement.

Partant de cela, quel intérêt ai-je à envoyer mes élèves non préparés a ce genre d’interclubs ?

Chez les chinois quand ils rentrent dans ce genre de challenge, ils appellent cela « Têt Kun » grosso modo cela signifie défi/bagarre, et l’objectif de ce défi reste de gagner, mais la domination doit être ferme, celui qui a perdu c’est celui qui verse le premier sang.

C’est un fondement traditionnel, une subtilité de taille, car cela montre bien que si l’on rentre dans ce challenge, c’est pour quelque part y mourir. Bien sûr pas pour de vrai, mais cela a un réel impact car celui qui fait saigner comme celui qui saigne vont devoir le vivre et le gérer émotionnellement. Mais pas comme on vit le fait de gagner une médaille ou des honneurs, non, l’envie, le plaisir, la déception tout ce qui donne l’attrait d’une compétition est remplacé par la peur, la honte, la tristesse.

Pour ma part, je ne souhaite pas que mes élèves soient blessés ou martyrisés car dans les cours je ne mets pas cette notion de Chi Sao un peu dur alors là aussi mes élèves ne sont vraiment pas armés contre ce genre de pratique.

J’ai eu un élève il y a quelques années qui voulait faire ce genre de test, voir ce qu’il valait dans un échange un peu plus poussé, il a alors été dans un parc où il avait vu des pratiquants d’une autre école pratiquer. Ils’est alors mêléà eux et a fait ces échanges musclés. Il y a eu deux temps de réflexion chez mon élève.

Le premier, il s’est rendu compte que ce que je lui apprenais marchait bien au début mais dans un deuxième temps, il se faisait déborder et très vite l’échange devenait violent et en sa défaveur.

Ne comprenant pas et pensant que sa seule technique était en cause, il se disait je dois travailler plus. Mais plus il se relançait dans ces tests plus il subissait encore des défaites. C’est là qu’il y eu la première blessure celle du doute. Du doute dans son apprentissage bien sûr, pour lui ça ne pouvait venir que de là. D’ailleurs ceux qui dominaient lui disaient bien, puis la deuxième blessure, l’œil au beurre noir, puis la troisième, la clavicule cassée.

A l’époque le jeune professeur que j’étais n’a pas vu venir les problèmes et les conséquences de laisser mon élève aller faire ces tests et c’est moi qui ai vécu la quatrième blessure, celle d’avoir laissé faire.

A l’époque je n’ai pas dit« bats toi ou ne te bats pas, mais si tu te bats sois prêt à utiliser chaque partie de ton corps pour cela » (phrases reprises de Bruce Lee, vous l’aurez deviné), je ne lui ai pas dit que « quand on se bat on ne réfléchit pas en même temps on agit c’est tout », je ne lui ai pas dit que « qui que ce soit en face de toi qui te dit on partage ce moment avec un grand sourire, et bien son but, c’est de te dominer point barre alors ne soi pas dupe et protège toi ».

Alors beaucoup vont se poser la question, mais on fait des arts martiaux pour savoir se battre, alors si on ne va pas se fritter un peu de temps en temps, à quoi ça sert ?

A cela je répondrais que l’art martial Wing Chun te forme aux arts de guerre et non aux arts de compétition. Le jour où tu joues ta vie au détour d’une ruelle, l’art martial que tu as fait des années te permettra de bouger mais c’est ton instinct de survie qui fera 90% du job.

Commentaires
6
charly

Hello,

Un sujet passionnant qui revêt à mon humble avis un concept que l’on oublie trop souvent : le Chi Sao est juste un endroit pour faire des tests et où on laisse l’ego au vestiaire, et c’est déjà difficile avec les frères d’armes que l’on côtoie toute l’année, alors des inconnus ….

Par ailleurs, si le Wing Chun ne « marche » pas, de ma compréhension, c’est parce que :

• Ce n’est pas fait pour être pratiqué avec des gants
• Ce n’est pas fait pour être « à la touche » ou aux points
• Ce n’est pas fait pour avoir des « rounds »
• Ce n’est pas fait pour se fritter : Si on veut se fritter, il y a des disciplines bcp plus adaptées.

Si on fait cela, on pratique une mauvaise boxe (par rapport à des gens qui boxent vraiment) et donc forcément, ben… on perd souvent (oui, je suis mauvais, je sais )

Enfin, à mon humble avis, la dimension martiale s’inscrit dans le fait suivant : si le combat commence, il doit se terminer le plus vite possible. Il n’y a pas de « propre », de « loyal » de « zones interdites » : il y a une seule réalité : il faut le terminer le plus vite possible pour se préserver.

Enfin, Le combat existe par sa dimension physique mais surtout mentale : il faut mentalement être prêt à mettre l’autre hors de combat, donc être prêt pas seulement physiquement. Et cela représente un autre axe de travail.

Lionel Roulier

Salut Charly, il est important de positionné le cadre avant même de rentrer dans la chambre du combat et ces test qui peuvent allez de pair.

Il y a deux types de personne qui se lancent dans les AM, le premier groupe sont ceux qui manque d’assurance, ou de discipline ou de physique ou tous un tas d’autres raisons qui sont souvent un manque de confiance ou des peurs profondes, et qui ont la volonté de devenir des personnes plus combative.

Et le deuxième groupe sont des personnes qui ont au fond d’eux un instinct primaire, un plaisir de se battre, un esprit de défiance, ceux là sont déjà dans l’action, il ne leur manque que là technique pour être plus performant.

On pourrait dire que la première catégories va se servir de la technique pour arriver au combat pour être des combattants et que la deuxième catégories vont allez de l’esprit combatif à l’acquisition de la technique pour être meilleur combattant.

Il y a un moment a force de pratique « si on ne s’arrête pas en disant c’est bon je sais 🙂 » et bien que ces deux catégories fusionnent pour devenir des guerriers a par entière.

Et en disant cela je te rejoint sur le mentale qu’il faut pour être prêt a mettre l’autre hors de combat, la première catégorie aura du mal (sauf si c’est une question de survie) par contre la deuxième catégorie aura beaucoup plus de facilité car ce sera plus ressenti comme une notion de plaisir.

Seb

Un élève m’a demandé récemment pourquoi il n’y avait pas de compétitions dans le wing chun.
Je lui ai alors indiqué que le wing chun est avant tout un art martial, un art militaire et non sport de combat régi par des règles. Ces règles qui nous priveraient d’une partie des techniques. Qu’il faut entretenir sa technique et qu’un bon combattant sur le ring, n’est pas forcement un bon guerrier dans la rue. Le wing chun doit s’apprécier dans son intégralité.

johann

Merci pour cet éclairage ! Je serais curieux de savoir ce que tu entends par « l’art martial te forme aux arts de la guerre » ?

Lionel Roulier

Salut Johann;
Alors avant de répondre à ta question, je dois mettre en lumière une chose :
il y a depuis toujours deux courants de combattant, les guerriers (aujourd’hui les militaires), ceux qui ont pour but de construire la paix ou de la rétablir si besoin et, les gladiateurs, ceux qui font du spectacle avec les jeux guerriers en temps de paix, aujourd’hui on les appelle des footballeurs : D

Je ne juge pas l’un et l’autre car les deux sont tout autant nécessaires, mais il est bon de faire la différence car aujourd’hui les arts martiaux souffrent de cette incohérence car ce sont des non militaires qui les pratiques pour des raisons et objectifs qui divergent tel que la recherche d’auto-protection, de philosophie ou de bien-être.

C’est là que les arts guerriers peuvent s’expliquer 😉
Je pourrais te renvoyer à Sun Tzu et son manuel où il est dit que l’étude de la guerre est vitale pour la survie des états, et donc pour bien faire la guerre il ne faut pas que savoir aller sur le champ de bataille, mais connaitre des choses comme le coût économique, moral et politique de la guerre.

Les arts Martiaux à l’époque étaient la science des pauvres, un moyen qui permettait de former les personnes qui n’avaient pas accès l’éducation.

Dans les arts martiaux on forme le corps pour le maintenir en bonne forme avec la santé et on y trouve toutes les réponses pour le bien-être, mais aussi l’esprit, les maths, la géométrie tout cela afin d’améliorer la raison (le calculateur caché sous la boîte crânienne), la philosophie et là on pourrait revenir à la morale, etc.

Voila un peu l’idée quand je parle des arts de la guerre. Sun Tzi dit : l’acmé de la stratégie militaire est d’obtenir la victoire sans effusion de sang.

Jerome

Bonjour

Je suis l un de ceux qui participe à l organisation de cet « interclub » et je pense qu il y a erreur sur le sujet car le but est d inviter des écoles différentes, non pas pour voir qui a la plus grosse…technique…mais pour que chacun expose son style, ou une (petite) idée de son style pendant 1h30 (à priori) sur un thème particulier (déplacements, qina, coudes, distance etc…) ou qui lui est propre par exemple. Le but étant de sortir de la consanguinité de sa lignée pour ouvrir et échanger avec d autres, tout simplement. Un peu comme il avait été fait par la fédé il y a 5/6 ans je crois et comme il existe dans d autres pays « wing chun day » mais qui n est en aucun cas comme nos rencontres informelles dans les parcs etc…
J espère avoir été plus clair et n hesitez pas si vous avez des questions.
Et merci pour vos vidéos et blogs très intéressant et à l ouverture que vous faites en nous acceptant (je suis déjà venu une fois mais je sais que d autres sont venus plusieurs fois) lors de certains de vos stages.
Merci bien

Jerome

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