18
Oct
2015

Questions des élèves – Quels sont les bénéfices apportés par le Chi Sao ?

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– L’élève

Le ChiSao (exercices de mains collantes) tient une grande place dans l’apprentissage du Wing Chun, avec des exercices codifiés et d’autres exercices libres.

 

Quels sont les aspects sur lesquels le pratiquant doit se concentrer lors de ces exercices, et quels sont les bénéfices apportés par cette pratique ?

 

– Le professeur
Oui, c’est vrai que le Chi Sao tient une grande place dans le système Wing Chun

L’aspect le plus important en prendre en compte est celui de la sensitivité !

 

Le Chi Sao doit développer la sensitivité du pratiquant car elle va lui permettre de ressentir plus facilement les actions de l’adversaire dans ses pressions, ses absorptions et dans les moments où celui-ci ne va plus être en contact.

 

Cette sensitivité va aussi indiquer au pratiquant, comment et dans quelle direction il doit bouger, si il doit se structurer pour être plus puissant ou si il doit se relâcher afin d’utiliser la force de son adversaire.

 

Les bras deviennent un peu les radars du pratiquant lui permettant ainsi de détecter des actions au tout début de leur lancement et d’agir au plus tôt.

 

Ce travail de sensitivité ce fait dès le départ de la formation, lorsque l’on apprend les exercices de base du Puen Sao (exercice sensitif dans lequel on garde constamment le contact avec le partenaire) et du Guo Sao (où il peut y avoir une perte de contact temporaire).

 

Ensuite le pratiquant doit se focaliser sur les poignets dans le travail du Siu Lim Tao, puis les avant-bras au moment du Cham Kiu et enfin les coudes, voire les épaules avec le Biu Jee.

 

Tout cela bien sur en essayant de respecter l’ensemble des demandes techniques de chaque forme !

 

Cette sensitivité va exacerber les réflexes et les prises de décision du corps du pratiquant qui ainsi va avoir un délai de réaction très court lors de l’échange, provoquant soit la surprise chez l’adversaire soit un retard des actions de celui-ci.

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– L’élève
On voit certains pratiquants mettre beaucoup de force et de pression lors du Chi Sao, laissant peu de place à l’adversaire pour développer ses attaques, alors que d’autres semblent insaisissables et annulent toutes les attaques sans force apparente.

 

Y-a-t’il une stratégie meilleure que l’autre ? Quelles sont les façons différentes de travailler les exercices (codifiés et libres) pour développer l’une ou l’autre de ces approches ?

 

– Le professeur
Vaste sujet que la stratégie !

Avant tout, ce qu’il faut comprendre est que ces deux pratiques force/pression et absorption/flexibilité sont comme les deux faces du Yin/Yang : elles sont complémentaires.

 

Il est important stratégiquement pour le pratiquant de savoir faire les deux, cela lui permettra d’être soit la face opposée de son adversaire soit son miroir.

 

Si votre adversaire est fort, tout en pression, alors savoir s’échapper, être fluide et insaisissable va s’avérer très utile, sauf si l’adversaire est physiquement moins fort : à ce moment-là opposer force contre force tourne à votre avantage.

 

Au contraire, si un adversaire essaie d’être insaisissable, alors lui mettre la pression et ainsi restreindre ses mouvements est plutôt avantageux sauf s’il est vraiment trop glissant : dans ce cas jouer les anguilles comme lui va le gêner.

 

Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours du Yang dans le Yin et du Yin dans le Yang.

 

Savoir alterner les deux voies pendant un échange permet de faire perdre ses repères à l’adversaire.

 

Pour travailler ces deux voies, il faut simplement faire les exercices codifiés en leur donnant l’idée de la voie que vous souhaitez travailler !

 

Si vous souhaitez travailler l’absorption, utiliser les pas glissés « To Bo » afin de sortir du champs d’action de l’adversaire avec les techniques du haut du corps.

 

Si vous souhaitez travailler la pression, utiliser les pas perforants « Biu Bo » afin d’éperonner l’adversaire.

 

C’est la même idée dans les exercices libres.

 

On peut aussi, si le partenaire est dans le même travail de recherche, lui demander de se mettre dans un des rôles et vous dans l’autre.

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– L’élève
Le Chi Sao « libre », parce qu’il n’est justement pas codifié, est ce qui s’approche le plus du combat dans l’éducatif Wing Chun.

 

Certains pratiquants l’utilisent pour évaluer leur niveau, se comparer à leur partenaire du moment.

 

Jusqu’à quel point cette évaluation est-elle pertinente ?

 

Et quel est l’état d’esprit à avoir lors de l’exercice, à quel moment le partenaire devient-il l’adversaire ?

 

-Le professeur
Cette évaluation reste pertinente tant que l’on garde à l’esprit que le Chi Sao n’est pas combattre !

Un combat ne commence jamais par un rolling.

 

Nous avons le « Lut Sao » qui est le combat libre du Wing Chun pour vraiment tester notre habileté dans un vrai échange.

 

Cet exercice du Chi Sao permet d’évaluer l’ensemble de sa pratique Wing Chun : les qualités physiques, les qualités techniques et la mise en oeuvre de tout cela.

 

« Battre ou vaincre » un adversaire dans ce type d’échange est juste un moyen de confirmer que notre technique sur cet adversaire à ce moment donné à été concluante.

 

Mais le traduire par : « Je l’ai battu, j’aurais gagné mon combat » est un leurre !

 

Je donne un exemple que j’ai souvent vu lors du Chi Sao : un des protagonistes fait une action qui arrive à son but, c’est-à-dire toucher l’adversaire au visage ou en plein sternum, mais le coup n’a pas été porté avec toute la puissance comme lors d’un vrai combat.

 

Comme l’adversaire en face n’a pas été perturbé par ce coup, il contre-attaque et va donner quelques coups enchainés.

 

L’adversaire qui à porté plus de coups et en dernier se dit « J’ai gagné ! », mais si le premier coup de son adversaire avait été vraiment porté qu’en serait-il ?

 

L’état d’esprit à avoir lors du Chi Sao est celui du travail constructif envers soi et son partenaire, admettre que la moindre touche aurait pu être le coup fatal.

 

Il faut savoir se remettre en question et ne pas se satisfaire de sa domination si elle a lieu sur un adversaire plus faible mais envisager de travailler des techniques que l’on ne maitrise pas même si cela nous rend plus faible sur le moment.

 

L’adversaire dans le Chi Sao n’est pas le partenaire, l’adversaire c’est vous ! Même gagnant on peut être celui qui a perdu le plus.

Commentaires
7
Philippe

Merci pour cet approfondissement 😉

Lionel Roulier

De rien 🙂

Lionel Roulier

N’hesitez pas à poser votre question 😉

Romain

Ces articles « questions des élèves » sont vraiment intéressants et très bien expliqués. Par ailleurs que sont les pas « To Bo » et « Biu bo »?

Lionel Roulier

« To Bo » veut dire pas glissé, on le retrouve dans la deuxième section de la forme Cham Kiu.
« Biu Bo » veut dire pas pénétrant, on le retrouve dans la troisième section du Cham Kiu.

chris

ha, combattre son égo, tout un programme. comme toujours j’aime beaucoup ta vision des chose 😉 tres instructive

Lionel Roulier

Merci 🙂

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