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ENTRETIEN AVEC UN MAITRE : la 6ème DUAN

  • Lionel, tu viens d’obtenir ton sixième dan auprès de la fédération française de karaté. Pour nous qui te suivons depuis un moment c’est un peu une surprise car tu ne fais plus partie de cette fédé depuis plusieurs années. Comment en es-tu venu à changer d’avis ?

  • Il se trouve que Stéphane Molard, par l’intermédiaire de Yann Solon, m’a contacté pour me demander si j’étais intéressé de faire partie de la commission des grades pour le Wing Chun, c’est à dire remettre en place un système de grades, mais aussi s’accorder sur ce que doit être le Wing Chun traditionnel pour mieux le promouvoir. Au départ un peu réticent car ayant eu quelques expériences malheureuses avec la fédération, j’avais peur d’être encore déçu. Mais là, l’approche faite par Stéphane et Mounir HARRATHI, le président du Wu Shu à la FFKDA avait l’air d’être différente. Stéphane m’a donné le nom des personnes auxquelles il songeait avant de tout mettre en place et j’ai pu donner mon avis, ensuite tous les membres qui ont été choisis y compris moi, ont été cooptés par les autres, c’était donc avec une vraie approche d’ouverture qui m’a semblée intéressante et donc je me suis lancé. 

  • Alors parlons de cette 6ème Duan. Pour beaucoup, cela veut dire « haut niveau », mais peux-tu nous expliquer un peu mieux ce que signifie une 6ème Duan par rapport à la maîtrise de l’art martial que tu représentes ?

  • Il faut rappeler que les 5 premiers grades, sont ceux qui jugent de la valeur technique et pratique. La 6ème Duan est une étape de transition: le candidat doit montrer qu’il maîtrise parfaitement son art et qu’il est en train d’aller plus loin. Il ne s’agit pas de « faire un tao » pour faire un tao, il s’agit qu’au travers de cette démonstration, le jury ressente qu’il y a beaucoup plus. Dans chaque geste, mouvement, posture, il doit y avoir de la vie, un petit quelque chose propre au candidat.

     

    Ceux qui se présentent à cette 6ème Duan ont généralement au moins 20 ans de pratique derrière eux. Ils sont considérés comme des pratiquants qui apportent quelque chose à l’art martial au niveau national ou international, que ce soit en termes de renommée, en termes de média (livre, autres publications significatives), de recherches personnelles.

     

    La 6ème Duan, c’est le niveau auquel un pratiquant accède au titre de maître, reconnu par la fédération. Le niveau technique et pratique n’est plus mis en question, et pour ceux qui arrivent là, il faudra à présent entrer dans d’autres domaines de compétences, comme celui de l’enseignement, et continuer à apporter à sa discipline des connaissances au niveau de la culture, et surtout de la philosophie. La 6ème Duan est donc une dimension nouvelle.

  • OK, donc c’est vraiment un haut niveau. Tu peux nous expliquer un peu ton parcours pour en arriver là ?

  • J’ai commencé le Kung Fu à 15 ans. En parallèle je faisais du judo que je pratiquais depuis l’âge de 5 ans. Je venais de gagner un titre de vice-champion de France, mais les films de Jackie Chan m’encourageaient trop à la pratique du Kung Fu.

     

    J’ai adoré et très vite porté par l’habitude des compétitions je me suis présenté au championnat de Paris, puis la même année j’ai gagné mon premier championnat de France. J’ai arrêté le judo pour ne plus faire que cela.

     

    Grâce à mon niveau en compétition j’ai pu passer de mon club de mon quartier aux entraînements nationaux, j’ai été sélectionné en équipe de France et j’ai fait des championnats internationaux et mondiaux, en étant formé auprès de maîtres en France tels que : Wang Wei Guo, Zhang Xiao Yan ou Yuan Hong Hai.

     

    Puis un jour, j’ai rencontré mon épouse et j’ai fait la connaissance de son oncle Fok Chiu, maitre de Wing Chun, élève du maitre Yiu Choi. J’ai commencé à pratiquer en parallèle du Wu Shu, puis comme les membres de ma belle-famille ont une grande proximité avec le monde du Wing Chun, ma belle-mère m’a emmené chez Chow Tze Chuen, élève direct de Ip Man. Elle pensait qu’il serait plus apte à m’enseigner et là je me suis dédié complètement au Wing Chun en jonglant sur l’enseignement de mes deux professeurs car l’un comme l’autre ne devait pas savoir que j’apprenais ailleurs. Lorsque chez Chow Tze Chuen la barrière de la langue arrivait, c’est son élève Mak Kwong Kuen (Donald Mak) qui m’enseignait. C’est comme cela que j’ai eu la chance d’avoir trois maîtres pour professeurs.

     

    Après 10 ans de pratique j’ai commencé à donner des cours et je n’ai plus arrêté.

  • Bon en d’autres termes tu as consacré et tu continues de consacrer ta vie aux arts martiaux. Pour ceux qui sont en train de lire, j’imagine que beaucoup sont pratiquants et certainement tes élèves, penses-tu qu’atteindre un tel niveau soit encore possible aujourd’hui avec le rythme de vie qui nous est imposé ?

  • C’est dur il ne faut pas se mentir, cela demande des sacrifices dans beaucoup de domaines, que cela soit familial ou amical : toutes les heures passées à pratiquer ou se former sont autant de temps que l’on n’a pas pour faire autre chose. Mais je continue de croire que cela est possible, il faut « juste » être passionné alors cette question du possible ne se pose même pas, on le fait.

     

    Après, il faut être réaliste aussi, avec 2 entrainements par semaine, la progression est bien plus lente que ce que l’on pourrait atteindre en s’y consacrant pleinement. A Hong Kong on pouvait s’entrainer de longues heures tous les soirs, le professeur était là.

     

    Et puis, quand on regarde bien autour de soi, combien d’élèves aujourd’hui se laissent prendre par un faux rythme, le côté loisir de la pratique, et perdent leur motivation à la moindre excuse : « pas ce soir, je suis fatigué » « il fait trop froid » « j’ai un peu mal ici ou là » « je finis trop tard au taf » et combien abandonnent à la moindre contrainte « non la salle est un peu loin, j’arrête ». Là c’est pour les entrainements collectifs, où il n’y a qu’à franchir la porte de la salle pour trouver un professeur.

     

    Pour ma part, je faisais jusqu’à 1h30 de RER pour aller m’entrainer avec le maître que j’avais choisi, et autant au retour, cela ne m’a jamais arrêté.

     

    Alors quand il s’agit en plus d’y mettre du temps en entrainement solo, ce qui est indispensable pour progresser vraiment, et bien il est certain que de moins en moins de pratiquants pourront prétendre à ce genre de niveau.

  • Quand on commence un art martial chinois, on nous dit souvent qu’il n’y a pas de niveau. Tu as appris à Hong Kong, et là pareil, pas de niveau visible. Alors pour toi qui aujourd’hui est reconnu niveau 6ème Duan, qu’est-ce que cela représente ?  Et question en lien, ça fait quoi d’appartenir à un cercle aussi restreint d’experts ?

  • Alors il faut bien comprendre que bien sûr il n’y a pas de niveau visible mais il y a des niveaux qui sont des reconnaissances données à certains moments de la formation, qui permettent de se situer. Quand tu arrives dans un dojo au Japon ou dans un Kwoon en Chine, tu remarques vite qu’il y a une différence entre les élèves qui sont près de la porte et ceux près du maitre 😊

     

    Pour moi cette sixième duan, je la prends comme une reconnaissance des instances françaises sur mes capacités. J’ai beau avoir un niveau reconnu à Hong Kong, je reste un étranger sur leur terre et cela limite grandement les possibilités d’expression. J’espère qu’avec cette 6ème duan au moins ici en France, cela me permettra d’apporter au Wing Chun une belle évolution. L’idée que j’ai de cette évolution, c’est de montrer l’ensemble de ce que le Wing Chun peut apporter, et non comme on le voit aujourd’hui, rester sur cette image d’un vieil art de combat un peu dépassé, car il y a tout dans cet art pour devenir combattant mais aussi philosophe.

     

    Le cercle d’experts 🙂 c’est une grande satisfaction bien sûr mais aussi un poids qui est assez lourd. La principale raison, c’est la défiance qui grandit vis-à-vis des gens qui se disent maître. Dans notre monde de l’image et de l’apparence, certains arrivent avec des vidéos promotionnelles super bien faites et inondent les réseaux sociaux, mais quand les élèves se confrontent à la réalité de la rencontre pour apprendre, ils déchantent face au pseudo-maître qui se cachait derrière. Et cela impacte les vrais maîtres par ricochet, d’autant plus s’ils ne jouent pas le jeu de l’image. Il n’est donc pas évident d’être considéré comme un expert ni d’être reconnu ou plébiscité par des élèves dans un monde où quasiment n’importe qui peut s’autoproclamer maître.

  • Je reviens du coup sur ton annonce initiale, à savoir la création d’une commission de grades pour le wing chun, tu peux nous en dire plus ?

  • Alors cette commission de grades a toujours existé, mais ici c’est la première fois ou l’on réunit vraiment des profs de divers courants du wing chun avec l’envie de ne pas tirer la couverture à soi mais de faire vivre la diversité du Wing Chun tout en conservant les attentes techniques et la culture de la tradition Wing Chun.

     

    C’est pour cela que les futurs passages de niveau que nous allons mettre en place vont permettre à toutes les écoles de venir en toute confiance, car elles auront la possibilité de s’exprimer tel qu’elles pratiquent dans leur club, mais devront aussi respecter un certain nombre de choses qui sont considérées par nous comme les éléments standards obligés que nous souhaitons voir.

     

    L’idée sous-jacente, c’est aussi de garantir aux pratiquants qui iront dans des clubs affiliés un minimum de qualité dans l’enseignement qu’ils recevront, une base commune du wing chun, afin d’éviter les dérives individuelles que l’on voit malheureusement de plus en plus.

     

    Nous allons aussi réaliser des rencontres et stages dans le même esprit d’ouverture et de partage, afin que le Wing Chun gagne en densité et en popularité.

  • C’est une bonne nouvelle pour le wing chun en France! Bon, mais revenons à toi. Après la 6ème, il y a la 7ème Duan! Y a t-il une préparation spécifique ?

  • Pour passer sa 7ème duan, il faut faire un mémoire philosophique sur un élément de l’art Wing Chun. On sait bien qu’avec l’âge les performances physiques baissent, par contre l’esprit lui continue son ascension. Donc les niveaux qui vont au-delà du 6ème duan sont réservés à cette capacité de voir, d’analyser et de transmettre des morceaux du style qui sont des joyaux cachés, de mettre en évidence pour les jeunes générations des clés, des pensées et des idées qui feront perdurer et préserveront le Wing Chun.

  • Je rebondis du coup sur ce que tu dis : est-ce qu’un maître arrête un jour d’apprendre ou est-ce qu’il ne fait que transmettre ? Est-ce qu’on ne se sent pas seul parfois à ce niveau ?

  • Alors non on n’arrête jamais d’apprendre, on apprend de tout, on vit des expériences qui nous font évoluer, changer. Ce qu’on croyait acquis ne l’est plus le lendemain alors on doit conserver cette idée à l’esprit. C’est d’ailleurs ce que nous dit le Tao, la seule chose qui ne change pas c’est que tout change tout le temps 😊

     

    Se sentir seul, pour moi non, car pour pratiquer on a ses maitres, ses partenaires, ses adversaires, ses élèves et toutes les relations qui vont avec. C’est aussi pour cela qu’on reste dans l’art martial, pour cette idée de communauté.

  • Bon, c’est presque la fin de cette interview. Je voudrais juste poser une dernière question : tu as été champion de Judo dès ton plus jeune âge, tu es allé aux championnats du monde de Wushu à deux reprises, tu es aujourd’hui reconnu expert en Wing Chun. Devant un tel parcours, j’ai envie de te demander: de quoi es-tu le plus fier ? Et si tu avais une baguette magique pour redessiner ton parcours martial, est-ce que tu changerais quelque chose ?

  • De quoi je suis le plus fier, de la prochaine chose que je ferai probablement 😊

     

    Je suis fier de tout ce que j’ai accompli, mais surtout que lorsque je l’ai fait je ne me suis jamais posé la question de ce qui me rendrait fier, ou connu, ou le meilleur. J’ai vécu chaque gratification sur le moment, puis ensuite je me suis remis à l’entraînement et aujourd’hui je continue à suivre le courant.

     

    Alors si j’avais une baguette magique, je ne m’en servirais pas pour changer quelque chose, je l’utiliserais pour revivre encore une fois ce que j’ai vécu, mais en y retournant avec ma pensée d’aujourd’hui, car ainsi je pourrais comprendre plus vite et mieux ce que mes maîtres me disaient et donc aller plus loin dans mes connaissances et ma pratique.

  • Merci pour cette discussion ! Un dernier mot peut être pour ceux qui auront lu jusque-là et tous ceux qui sont ou voudraient venir sur le chemin du Wing Chun ?

  • Pour ceux qui souhaitent commencer c’est facile: passez la porte d’une école et lancez-vous! Pour tous ceux qui sont sur le chemin, accrochez-vous et prenez plaisir dans votre pratique.

  • La saga Ip Man

Résumé et commentaires

La Saga Ip Man

En 2008, sortait le premier volet de la saga Ip Man. c’est l’acteur Donnie Yen qui eut la charge de jouer le rôle du maître perdant ainsi quelques kilos pour ce fondre dans le personnage.

 

La réalisation à été confié à Wilson Yip, c’est d’ailleurs lui qui fera l’ensemble de cette saga.

Ip Man 1

Dans ce film qui commençant dans les années 1930, on y découvre le maître Ip Man vivant dans la ville de Foshan qui est bien connu pour avoir hébergé bon nombre d’écoles d’arts martiaux. En 1937, la guerre et l’invasion japonaise changent radicalement la vie des habitants.

Le film à un scénario solide et des chorégraphies martiales dignes des meilleurs films du genre. Ce film nous amène à découvrir une des périodes sombre de la chine et met en valeur le Wing Chun en y montrant ces facettes mais aussi les codes d’honneur du Kung Fu.

Ip Man 2

Le deuxième volet de la saga, ce passe à Hong Kong ou le choc des cultures entre l’Asie et l’Occident se heurtent. Les anglais qui sont les dirigeants de ce dominium britannique imposent leurs lois et leurs règles, y compris dans les arts martiaux.

Ip Man 3

Nous sommes à Hong Kong en 1959, Ip Man se retrouve au prise des mafias et des promoteurs immobilier voulant s’emparer de l’école du quartier.

 

Le méchant du film n’est autre que le grand Mike Tyson.

Ip Man 4

Nous sommes à Hong Kong 1965,  Ip Man après la mort de sa femme, découvre qu’il souffre d’un cancer de la gorge dû au tabagisme. Souhaitant que son fils puisse faire des études, Ip Man, va se rendre aux états unis pour essayer de faire admettre à l’université son fils. Il va ainsi, devoir faire face à la diaspora chinoise déjà installée ainsi que le racisme de certains américains.

Le film à un beau casting, on y trouve Scott Adskin connu pour son rôle de Yuri Boyka dans undisputed 2 et Chris Collins ancien militaire dans les marines et surtout enseignant/pratiquant de Wing Chun. Pour connaitre le monsieur voici un lien sur une interview : https://kungfukingdom.com/ip-man-4-the-finale-interview-with-chris-collins/

Malheureusement malgré le casting, le scénario souffre un peu de son manque de consistance, ce qui à mon avis jouera en sa défaveur sur l’adhésion du grand public. Pour les autres, pratiquant d’arts martiaux et de Wing Chun, vous pourrez y trouver comme dans l’ensemble de la saga, pleins de liens sur la philosophie du Wing Chun, ce qui rend le film malgré tout attractif.

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