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Décryptage d’une philosophie 2 – Les ponts du Wing Chun

04.06.2019

Je tiens à remercier tous ceux qui ont pris le temps de nous faire part de leurs questionnements et de leurs commentaires.

 

Les commentaires recouvrant un peu plus des trois quarts de la chanson, il me semble que le mieux est que je me lance dans le décryptage complet de la chanson.

 

Mais je tenais avant cela à faire un décryptage plus pointu sur une chose qui est pour les pratiquants de Wing Chun, un point essentiel de notre pratique.

 

C’est la gestion des ponts !

 

Cela est tellement important que l’on retrouve dans la chanson pas moins de 3 lignes leur étant dédiées.

 

Énormément de pratiquants ne voient que le contact des avants bras comme les seuls ponts et leur interprétation s’arrêtent là.

 

Il n’en est rien, les dialectes chinois vivent grâce à des images et les ponts en font partie.

 

Les ponts sont des liens, des liants entre les villages, les quartiers ou des pays. Ils permettent de passer d’un endroit à un autre, ils sont un lieu de partage ou une frontière infranchissable.

 

Pour être plus clair, les ponts sont des images symboliques qui permettent de construire des liens dans le corps pour acquérir de nouvelles compétences (ou modifier des choses déjà là) dans ce cas, on construit un/des ponts internes (des liens entre chaque chose en soi).

 

Mais ils sont aussi des idées et concepts qui permettent de construire des liens entre soi et l’adversaire (ou le monde externe).

 

En fait, je parle de territoire et des ponts qui faut mettre dessus, ton corps c’est un territoire, ton esprit est un territoire, il est bon d’y mettre des ponts afin de mettre les bons liens entre les deux, imagine qu’a la base de notre naissance, nos émotions étaient les liens entre le corps et l’esprit, un bébé sait ce qu’il ressent personne ne lui a expliqué cela, il a donc un/des super(s) pont(s) pour les échanges.

 

Plus tard on lui a cassé quelques ponts parce que jugé mal placé ou ne servant à rien, ou dangereux, puis là ça déconne 🙂

 

L’adversaire est un territoire (ennemi), son but est de vite prendre possession de votre territoire. Pour ma part, quand je fais du Chi Sao mon but est de piquer les infrastructures de mon adversaire, si j’ai à ma disposition les ponts de son territoire, il est en mon contrôle.

 

Par contre s’il vient à me mettre en défaut mon but est de faire sauter mes ponts uns à uns, afin qu’il perde du temps à trouver d’autres chemins d’invasions.

 

Par contre, Il est important de comprendre qu’il n’existe pas qu’un type de pont, mais qu’il y en a une multitude.

 

Je vous propose deux nouvelles images, mais il y en a bien d’autres :

 

Un pont suspendu où l’équilibre va être précaire, par contre il se construit rapidement et avec peu.

 

Un pont de pierre où une armée pourrait passer dessus sans ébranler sa structure, par contre on ne peut plus le déplacer, il est alors plus facilement soumis aux attaques de front.

 

Comme vous comprenez avec ces images, le but n’est pas d’avoir un chemin tout tracé, mais d’avoir un territoire (le territoire étant votre corps) avec une multitude de ponts (les ponts étant vos compétences, les liens qui vont vous permettre de vous adapter à ce qui se présente devant vous), et vous pourrez ainsi faire le choix du pont qui sera le plus adapté pour rivaliser avec votre adversaire.

 

Cette idée traditionnelle permet souvent au professeur d’adapter le travail des ponts en fonction de l’élève, une morphologie massive nous irons vers un pont de pierre, une morphologie moins athlétique, nous construirons un pont suspendu.

 

Bien entendu la voie taoïste nous donnant les deux voies de base que sont le Yin et le Yang, le professeur a le choix d’aller dans le sens le plus favorable pour l’élève ou dans le sens contraire, un pont plus flexible pour la personne massive ou un pont solide pour un physique plus léger.

 

Dans notre lignée, nous enseignons la voie du neutre, cela permet de mettre en place un pont intermédiaire, un pont de bois assez flexible et assez résistant.

 

Quand on débute il est important d’avoir un pont auquel se raccrocher, sinon on ne peut être sûr de traverser le gué et de se rendre à sa destination.

 

Derrière l’image, ce que l’on cherche à faire comprendre est que chacun d’entre nous aborde le contact avec l’autre (l’adversaire) avec ses propres perspectives et habitudes, les idées sont de donner les moyens de construire correctement cette relation à l’autre afin de savoir trouver les ressources nécessaires pour s’adapter à tous types de personnes avec qui l’on va entrer en contact.

 

Dans l’idée du combat, avoir un pont bien construit permet de résister aux assauts de l’adversaire.

 

Les différences de morphologie jouent dans l’utilisation du pont, j’illustre cette idée par cette phrase : « on ne peut rester de pierre si l’adversaire est de marbre », rien ne sert d’utiliser la force contre un adversaire plus fort physiquement que soi, car on se fatigue plus vite et à chaque assaut de la part de l’adversaire ou même de soi, il y aura toujours une atteinte sur la personne plus faible physiquement.

 

Une fois que l’adversaire a découvert sur quel pont on marche, il va vite envisager les solutions pour le détruire ou pour s’en servir à ses desseins.

 

Ces solutions seront faciles si physiquement il y a un avantage en faveur de l’adversaire.

 

Il faut alors permettre à notre pont de changer d’axe ou de position en un mot s’adapter, afin de conserver son intégrité et de diffuser les forces de l’adversaire.

 

Maintenant que vous envisagez mieux de quoi sont faits les ponts, reprenons la chanson :

 

Voici les textes de la chanson dédiés aux ponts :

Faites confiance à vos ponts pour juger de la situation de votre ennemi.

La clé est de se coller au pont de l’ennemi!

Passer au dessus du pont qui se présente, neutraliser un coude par un coude.

 

Est-ce que votre interprétations à changer par rapport à votre première lecture, n’hésitez pas à le dire dans les commentaires 🙂

author: Lionel Roulier

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