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La tradition Wing Chun au bout des doigts « 2 »

11.09.2019

Lionel Roulier

Des témoignages archéologiques attestent du développement de la musique chinoise dès la dynastie Zhou (1122 à 256 av. J.-C.).

 

Le diapason (alors un tuyau de flûte) était considéré comme un élément stratégique en ce temps-là, et seul l’empereur le détenait.

 

Une fois par an, il allait écouter les orchestres de ses provinces et vérifier la bonne tenue de leurs musiques.

 

Si elles déviaient du diapason, il y avait danger d’agitation sociale, car cette déviation musicale était un signe avant-coureur de l’autre.

 

Si au contraire, elles se conformaient au diapason, l’empereur pouvait repartir confiant.

(Source Wikipédia)

 

Continuons l’explication de notre chanson du Wing Chun

 

Il s’éloigne, regardez-le comme vous regarderiez une fleur, il s’approche, frappez-le !

 

On entend souvent en Wing Chun, si l’adversaire s’éloigne suis-le et frappe, frappe, frappe.

 

Dans cette phrase, on pourrait se dire que cela ne colle pas avec ce que l’on entend habituellement. Il n’en est rien, il faut juste comprendre la symbolique.

 

Lorsque l’on regarde une fleur, il y a tout un tas de choses chez l’humain qui se mettent en mouvement.

 

On va être attentif aux couleurs de cette fleur, à sa forme, à son odeur, à ce qui l’entoure. En un mot nos sens s’ouvrent.

 

Par contre, dès que l’on est très proche, que l’on a le nez sur la fleur, il n’y a généralement plus qu’un de nos sens qui est en éveil.

 

Avec un adversaire en Wing Chun c’est exactement pareil, plus il s’éloigne plus l’ensemble de nos sens doivent être en alerte afin de l’observer.

 

Si dès qu’il s’éloigne le seul objectif est de frapper sans prendre en considération ce qu’il fait, c’est peut-être aller droit au massacre en se piquant aux épines de l’adversaire.

 

Avec la distance, l’adversaire est peut-être entrain de reprendre de l’air pour mieux revenir, il faut donc se méfier et rester prudent.

 

A l’inverse s’il est proche, fin de réflexion car souvent il est difficile de voir ce qui se passe donc il reste une seule option, utiliser notre sens du toucher et frapper.

 

Le choix de la fleur n’est pas anodin car il fait aussi le rapprochement avec le nom du style Wing Chun Kuen « boxe du printemps radieux » et la fleur de prunier qui est utilisée en symbolique dans beaucoup de méthodes de travail dans le système.

 

Le laisser voler comme un dragon et bondir comme un tigre, tandis que vous restez paisible et amusé.

 

Cette phrase a un lien très fort avec notre très connue maxime Wing Chun qui est « économie de mouvement ».

 

L’un des grands principes du Wing Chun est de ne pas utiliser plus d’énergie qu’il n’en faut afin de ne pas s’épuiser.

 

On voit dans cette maxime « économie de mouvement » ce que l’on considère être du mouvement externe physique, mais il faut aussi penser à des mouvements internes émotionnels.

 

Grâce à cette phrase et à sa forme poétique on peut comprendre que l’on parle plus que de gestuelle.

 

Voler comme un dragon, bondir comme un tigre indique bien sûr un mouvement mais aussi une attitude, ces deux animaux ont une très grande symbolique dans la culture chinoise et par cette symbolique, on essaie de nous faire comprendre que même si un adversaire fait de grands gestes et beaucoup de mouvements, il mérite toujours d’être pris au sérieux.

 

Par contre même si l’adversaire mérite notre attention, nous devons rester paisibles afin de ne pas être envahis par nos peurs ou nos envies, et amusés car nous devrions avoir du plaisir et du respect à jouer avec un dragon ou un tigre.

 

Dans certains de mes cours liés à la self défense, je dis souvent aux pratiquants de sourire lorsqu’ils sont en situation de stress, pour deux raisons :

  • Cela peut créer un doute chez l’agresseur qui ne va pas comprendre pourquoi, alors que vous devriez être en mode panique, vous avez l’air réjouit. Parfois cela sera juste suffisant, pas forcement à arrêter les insultes, mais le passage à l’action de l’agresseur.
  • Cela va permettre au corps de se détendre alors que l’esprit lui ne peut plus le faire de manière raisonnée. L’influence du corps sur l’esprit tient là toute sa force.

 

La main frappe comme une étoile qui tombe du ciel !

 

On pourrait se dire avec cette phrase que la main qui frappe doit filer tout droit et très vite, en un mot, taper vite et fort.

 

Cela serait oublier les symboliques et notamment la cosmologie taôiste très présente à l’époque.

 

Je ne parlerais pas de cosmologie mais plus particulièrement d’un des principes avancés du Wing Chun, couramment appelé l’alignement des cinq étoiles.

 

C’est à ce principe que la chanson ici fait allusion, une main doit effectivement frapper vite comme l’étoile qui tombe du ciel, mais pour qu’elle ait un impact, il faut qu’elle soit alignée avec la structure corporelle.

 

Le coup de pied n’a pas de forme comme la flèche qui vole!

 

Cette phrase est très intéressante car elle met l’accent sur la pratique de l’ensemble des coups de pied Wing Chun.

 

Dans la pratique des coups de pied Wing Chun il y a un gros travail de hanche et de taille qui peut souvent faire penser au néophyte qui regarde notre style que le Wing Chun est rigide, et qui dit rigide dit moins rapide, moins performant.

 

Alors ils auront raison si on travaille le système sans avoir compris cette phrase.

 

Ici on nous dit que le coup de pied n’a pas de forme, ce qu’il faut comprendre c’est que l’ensemble des coups de pied Wing Chun commencent avec le même départ, on utilise les muscles fessiers, les fléchisseurs et abdominaux pour monter le genou puis ensuite de cette position, il est possible de réaliser l’ensemble des coups de pied ou tout simplement de passer à de la marche ou tout autre mouvement sans compromettre l’équilibre du corps.

 

La phrase de la chanson  ne précise pas quelle frappe de coup de pied. Il faut donc considérer que ce sont tous les coups de pied qui n’ont pas de forme, et qui donc peuvent être interchangeables à tout moment de leur utilisation.

 

Ces coups de pied sont conduits par la même idée de direction et ils doivent être faits rapidement en équilibre telle la flèche placée sur l’arc qui une fois décochée, vole et se plante sur l’objectif.

 

Ce qui peut être aussi dit, c’est que si vous regardez au ralenti l’envol d’une flèche, vous verrez qu’elle ne file pas droit, elle a une énergie qui la fait se tordre et onduler avant de retrouver sa rectitude pour aller se loger dans sa cible.

 

Cette image est une indication au pratiquant de Wing Chun pour faire comprendre que tout changement doit être possible dans une action, que l’énergie que l’on donne n’est pas dure et rigide mais souple et puissante.

 

Pour mémoire regardez le casting de Bruce Lee où il parle du Karaté et du Kung Fu en comparant la frappe de chacun, le Karaté selon lui ressemblant à la frappe d’une barre de fer, tandis que le Kung Fu est une bille de plomb accrochée à un fil en acier.

 

En haut, rester sur la ligne centrale, en bas, protéger l’aine, assurez-vous que le corps est inaccessible.

 

Ce qui est intéressant avec cette phrase est que l’on peut la voir sur plusieurs sujets.

 

Si l’on y voit la dimension taôiste, le haut et le bas représentent le ciel et la terre, l’homme étant au centre des deux, symbolisé par la ligne centrale en Wing Chun.

 

Cette ligne centrale est aussi bien sûr l’idée pragmatique qu’on lui connaît, qui est que tous les mouvements de défense et d’attaque y prennent naissance dans le combat afin de prendre la ligne droite, chemin le plus rapide entre vous et l’adversaire.

 

La ligne centrale est aussi l’axe de la colonne vertébrale et des organes, méridien du vaisseau conception et méridien gouverneur en médecine traditionnelle.

 

Toutes ces symboliques sont un moyen de faire penser au pratiquant qu’il doit y avoir un équilibre/harmonie entre le ciel (l’esprit) et la terre (le corps), la géométrie qui pourrait se comparer au timing en combat, et à la posturologie afin de garder son intégrité.

 

Il y a aussi dans la notion de Haut et Bas, la méthode de la ligne centrale qui permet de comprendre et visualiser ou sont situées les fenêtres de combat.

 

Le bas du corps est l’endroit où dans les arts martiaux chinois la puissance nait (on vous parlera souvent du Dan Tien inférieur dans les arts martiaux).

 

Il suffit de se rappeler du film la fureur du dragon où Bruce Lee explique que pour avoir de la puissance dans un coup de pied, il doit être lancé avec la hanche.

 

Il sera donc important pour conserver son équilibre mais aussi sa puissance de pouvoir rendre le corps impénétrable pour ne pas avoir de surprise.

 

L’aine partant du centre (parties génitales) vers l’extérieur bassin, c’est un secteur qui peut faire très mal, mais surtout c’est un lieu où il est facile de déstructurer la ligne centrale de l’adversaire.

 

Voilà encore quelques explications qui mettront de nouvelles données dans votre pratique martiale.

 

A bientôt pour la suite…

author: Lionel Roulier

Comment
1
Gigi

C’est un super article. Merci. Ça donne du sens à certaines légendes que l’on entends. Et montre qu’il y’a un souvent un partie vrai ou lié à l’histoire des peuples, dans les légendes.
Et je comprends surtout mieux le nom du premier tao (petite idée)
Pour reprendre l’idée de la fleur . A distance l’on ne voit qu’un point rouge et plus on se rapproche et l’étudie plus on lui découvre de détails.

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